Monsieur le Président de la Conférence Générale de l'UNESCO,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Monsieur le Directeur Général,
Monsieur le Premier Ministre de Saint-Vincent-les Grenadines,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs les Délégués, Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous dire combien je suis heureux de me trouver parmi vous, dans cette prestigieuse enceinte, en réponse à l'aimable invitation qu'a bien voulu m'adresser M. Koïchiro MATSUURA.
Je suis très sensible à votre accueil très cordial, aux propos aimables du Président de la conférence tenus à mon endroit, à celui de mon pays et à l'honneur qui m'est fait de m'adresser, pour la première fois, à votre éminente assemblée à l'occasion de la 34ème Conférence Générale de notre organisation.
Le Cameroun et l'UNESCO entretiennent une coopération fructueuse et exemplaire. Ma présence Ici en est l'expression en même temps qu'elle témoigne de l'intérêt que nous portons à une organisation dont les buts, les actions et les réalisations sont entièrement en phase avec les aspirations profondes de tous nos peuples.
Au lendemain du deuxième conflit mondial, les pays fondateurs de l'UNESCO lui ont assigné l'exaltante mission de conjurer la guerre dans l'esprit des hommes et entre les nations. Pour ce faire, il lui était demandé de promouvoir la science qui permet aux hommes de mieux comprendre le monde, l'éducation qui leur donne accès à la connaissance et enfin la culture qui est source d'épanouissement et de communion.
Depuis sa création, l'UNESCO, grâce à la détermination des dirigeants qui se sont succédé à sa tête et malgré les difficultés de la conjoncture, s'est acquittée à la satisfaction générale des missions qui lui avaient été confiées.
A ce point, je souhaite rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui, à un moment ou un autre, auront joué un rôle essentiel dans la promotion et l'accomplissement de ces nobles missions. Je pense en particulier à M. Koïchiro MATSUURA pour les efforts qu'il a déployés au service de l'universalité de l'unesco et pour son rôle dans la conduite heureuse des réformes de notre organisation.
Dans un monde en mutation du fait de la globalisation des échanges, l'UNESCO qui célèbre son 61ème anniversaire cette année, conserve toute son autorité sur le plan de ses responsabilités fondamentales. Elle reste le garant des principes et valeurs d'universalité, de justice, de respect des droits humains et de tolérance qui constituent le meilleur cadre possible pour le dialogue entre les cultures.
Mesdames, Messieurs,
Le Sommet mondial de 2005 l'avait souligné à juste titre, notre monde est aujourd'hui confronté à de nombreux défis qui menacent sa stabilité, voire son existence. L'exposition qu'organise l'UNESCO sur ce thème, nous rappelle cette inquiétante réalité. En effet, les cataclysmes naturels, le réchauffement climatique, les grandes pandémies, la pauvreté, sans oublier la guerre et le terrorisme sont parmi les plus graves dangers qui guettent l'Humanité. Notre devoir est de nous attaquer avec détermination à ces fléaux pour préserver notre patrimoine commun du désastre car, nous devons à tout prix sauvegarder notre planète, tant pour les générations présentes que pour les générations futures.
Les pays en développement de manière générale, les Etats insulaires et côtiers, notamment en Afrique, sont particulièrement exposés à ces menaces. Ils méritent pour cela une attention particulière de la part de notre organisation qui se doit de leur manifester sa solidarité en raison des handicaps que constituent pour leur développement l'inégalité des termes de l'échange et le poids de l'endettement.
Cette solidarité doit pouvoir se manifester sur tous les plans notamment, politique, économique, social et culturel. Elle ne doit pas se limiter à l'expression de bonnes intentions, à des catalogues de résolutions ou d'engagements individuels et collectifs dont la mise en œuvre est sans cesse différée. Elle doit être effective, se traduire par des actes et des faits significatifs, qui soient véritablement en mesure de répondre aux besoins et aux attentes des pays du Sud qui sont encore, nous le savons, énormes.
Nous sommes nombreux à penser que c'est beaucoup moins un problème de moyens qu'une question de volonté politique dans un monde de plus en plus globalisé. Car nous avons tous conscience, au travers des merveilles de la science et de la technique comme au regard des menaces en tous genres auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés, en l'occurrence, la menace écologique, nous avons tous conscience dis-je, de notre communauté de destin. Si donc les défis nous sont communs, si les risques encourus sont partagés, alors les solutions doivent être collectivement assumées et appellent une solidarité internationale renforcée. C'est pour cela que lors du Sommet du Millénaire qui s'est tenu dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies, occasion qui nous a été donnée de faire le bilan du 20ème siècle, mais aussi de poser les jalons d'un nouveau Millénaire de paix et de progrès pour tous, j'avais proposé que soit ouvert un chantier de réflexion et d'action sur l'éthique de la mondialisation. Face à ce processus irréversible, il me paraissait urgent, en effet, que la communauté internationale réfléchisse aux voies et moyens d'y faire participer tous les pays, y compris surtout, les pays du Sud qui couraient le risque d'être marginalisés et fragilisés, et donc de s'appauvrir davantage.
Pour tout dire, il me semblait urgent que tout soit mis en œuvre pour que nos pays du Sud aient toute leur place dans ce monde globalisé en pleine mutation et puissent en tirer tout le profit possible, afin de contenir à défaut de réduire l'écart sans cesse croissant entre pays riches et pays pauvres. Car à bien y regarder, de nombreux pays dits pauvres ne sont pas foncièrement pauvres, on peut même dire qu'ils sont potentiellement riches. Ils ont simplement besoin de soutiens multiformes et conséquents à leurs propres efforts tels une juste rémunération de leurs produits, le transfert de technologies pertinentes, une aide financière accrue au développement, des flux de capitaux pour des investissements productifs afin de créer et de conforter les bases et les conditions qui permettent d'avancer vers le progrès et le développement.
Face à la mondialisation et ses multiples défis, il nous faut donc inventer et promouvoir une éthique de solidarité partagée qui n'est rien moins qu'une leçon de l'histoire, une exigence de l'actualité, une obligation à l'égard de l'avenir.
Le Cameroun pour sa part n'a cessé de souligner que, seule une volonté politique affirmée peut permettre de briser le cercle infernal du sous-développement et de l'extrême pauvreté. Les pays avancés ont, me semble-t-il, à cet égard, une responsabilité particulière qu'ils se sont engagés à assumer au sein de diverses instances internationales comme le G8, la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC et j'en passe.
Je me félicite bien entendu de ce que d'importants engagements aient été tenus pour une bonne part, permettant à bon nombre de pays, dont le mien, de bénéficier de concours appréciables nécessaires au financement de programmes socio-éducatifs et de santé qui vont dans le sens de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Permettez-moi de saisir l'occasion que m'offre votre tribune pour renouveler les sincères remerciements de mon gouvernement à nos divers partenaires bilatéraux et multilatéraux pour l'appui et l'accompagnement qu'ils ont bien voulu nous accorder pendant ces moments difficiles.
Mais, force est de reconnaître que beaucoup reste encore à faire pour parvenir aux objectifs fixés en l'an 2000 par les Nations Unies en vue d'éradiquer la pauvreté, l'ignorance et les pandémies qui entravent sérieusement l'amélioration des conditions de vie de tant d'êtres humains dans plusieurs régions du monde.
En tant que dépositaire des valeurs de justice et d'équité, l'UNESCO doit continuer à s'affirmer comme la conscience de la communauté internationale au service de la solidarité entre le Nord et le Sud. Je me réjouis de constater que l'ordre du jour de cette 34ème Session de la Conférence Générale s'inscrit en droite ligne de ces préoccupations.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je sais avec quel sérieux, votre Conseil dont le Cameroun a assuré la Vice-Présidence pour l'Afrique, a travaillé depuis quatre ans pour élaborer la stratégie à Moyen Terme pour la période 2008 – 2013 et le budget du biennum 2008 – 2009.
Je note avec satisfaction que cette stratégie et ce budget continuent d'accorder la priorité à l'Afrique. L'occasion m'est donc donnée de remercier tous les Etats Membres pour leur constante sollicitude à l'égard de notre continent qui a bénéficié d'un soutien constant de l'UNESCO notamment à travers sa contribution à la lutte pour le développement durable. Au demeurant, le programme « priorité Afrique » est une bonne illustration de l'attention que notre organisation doit porter au continent africain.
Bien que beaucoup d'actions qui concourent à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement aient été menées, force est de constater que les moyens affectés à « Priorité Afrique » se sont révélés insuffisants. Pour y remédier, il serait sans doute bon que des fonds extra-budgétaires soient recherchés pour permettre à l'UNESCO de poursuivre avec succès ce programme adopté par la 25ème Session de notre Conférence en 1989 et qui va bientôt célébrer son vingtième anniversaire. Le moment est peut être donc venu de procéder à une évaluation de ce programme.
Dans cet esprit, il me parait que la coopération entre l'UNESCO et l'Union Africaine est plus que jamais indispensable pour la prise en compte des besoins spécifiques du continent. Les accords de coopération signés avec les organisations régionales africaines telles que la CEMAC dont le Cameroun est membre, l'UEMOA, la COMESA, la SADC, offrent aussi un cadre adéquat à cette volonté de l'UNESCO et de l'Afrique de travailler en étroite collaboration.
C'est ainsi qu'une résolution concernant la mise en œuvre des décisions du Sommet de l'Union Africaine de Khartoum de Janvier 2007 sur la science, la technologie et le développement durable sera soumise à l'adoption de cette assemblée. Je souhaite qu'elle puisse bénéficier du soutien de tous les Etats Membres.
Permettez-moi de saisir cette occasion pour dire mon appréciation au Groupe Africain pour le rôle efficace qu'il a joué dans la prise en compte de la situation particulière du continent.
Mesdames, Messieurs,
Le Cameroun, mon pays, a adhéré, dès l'aube de son indépendance, à l'UNESCO et partant à ses idéaux. Il reste profondément attaché à la coopération qu'il entretient avec notre organisation dans ses domaines de compétence, à savoir l'éducation, la science, la culture et la communication.
Le système éducatif camerounais dans son ensemble porte l'empreinte de l'UNESCO. Une de ses actions au Cameroun qui a fait date reste l'appui qu'elle a apporté à la création de l'Ecole Normale Supérieure de Yaoundé en 1961.
Depuis lors, la coopération entre mon pays et l'UNESCO n'a cessé de s'intensifier.
Avec le soutien du Bureau UNESCO de Yaoundé dont je me dois de relever la compétence, divers projets de portée nationale ou sous-régionale ont été réalisés.
Je citerai à titre d'exemples dans le domaine de l'éducation, le renforcement des capacités de pilotage du système éducatif et l'éducation préventive au VIH/SIDA en milieu scolaire.
S'agissant des sciences, l'UNESCO, à travers le projet « Families first Africa » a aidé à la mise en place du Centre International de recherche « Chantal BIYA » pour la prévention et le traitement du VIH/SIDA. Je suis heureux d'exprimer ici ma gratitude au Directeur Général de l'UNESCO et à nos partenaires qui, à travers l'allocation de fonds extra-budgétaires, ont permis à ce centre de se développer.
Je ne peux également manquer de mentionner la contribution de l'UNESCO à la préservation de la Réserve de faune du Dja classée patrimoine mondial de l'humanité qui figure au premier rang de nos programmes de coopération.
S'agissant de la fracture numérique entre les pays en développement et les pays développés, j'estime indispensable que de grands efforts soient faits pour y remédier, si possible avec l'aide de nos partenaires extérieurs. Au Cameroun, beaucoup a déjà été fait dans ce domaine mais beaucoup reste encore à faire en particulier en ce qui concerne la construction d'infrastructures appropriées.
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Les camerounais dans leurs ensembles ont acquis à travers les épreuves et les sacrifices un sens aigu des responsabilités. Ils ont compris que le progrès auquel ils aspirent ne pourrait se réaliser sans qu'un fonctionnement harmonieux de leurs institutions leur garantisse la stabilité et sans que leurs relations avec les pays voisins reposent sur l'entente et l'intérêt mutuels.
Le gouvernement de mon pays s'y est employé au cours des dernières décennies. Aujourd'hui, je crois pouvoir dire que le Cameroun a apporté la preuve qu'il était possible, à partir de populations diverses rassemblées par les hasards de l'Histoire, de former une Nation consciente de son unité et de son identité.
Il n'était pas donné d'avance que des peuples scindés par la colonisation et plongés dans des moules cultures différents, puissent être réunis et construire un avenir commun. Anglophones d'une part, Francophones d'autre part, sont en train de réaliser une synthèse exemplaire. De ce qui aurait pu être un handicap, ils ont fait un atout ; de ce qui était une différence, ils ont fat une richesse.
Pays épris de paix, le Cameroun, est également fier de sa diversité culturelle qu'il a inscrite dans sa Loi fondamentale de 1996. Aussi, avons-nous avec enthousiasme adhéré en Août 2006 à la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Pour mon pays, qui compte plus de 200 groupes ethniques avec une mosaïque de langues et d'expressions culturelles, cette convention constitue indéniablement une grande avancée dans la conservation et la valorisation de notre riche patrimoine. Grâce à la tolérance qui caractérise les rapports entre les individus et les groupes, la diversité fait partie aujourd'hui de l'identité culturelle camerounaise. De ce point de vue, mon pays s'honore d'être à la pointe du dialogue entre les cultures.
En effet, nous avons toujours pensé que la culture, au sens le plus large du terme, est le meilleur antidote contre la désunion et la violence. Les cultures dont nous sommes les héritiers, sont toutes ou presque le résultat d'un syncrétisme entre de multiples influences. Les grandes civilisations de l'Extrême-Orient, de l'Asie du Sud, du Moyen-Orient et de la Méditerranée illustrent bien cette réalité. Même l'Afrique, si longtemps déchirée et cloisonnée, a été le théâtre de fructueux contacts entre diverses cultures. Pour ces raisons, je ne crois pas au choc des civilisations mais bien plutôt au dialogue des cultures, condition indispensable à l'avènement d'un nouvel ordre international juste et solidaire. Car c'est notre conviction que toutes les cultures recèlent et secrètent des valeurs positives qu'il convient d'explorer et de promouvoir au bénéfice de toute l'humanité. Méconnaître ces valeurs spécifiques, c'est faire le lit des préjugés, des malentendus et des intolérances générateurs de divisions et de conflits. En revanche les promouvoir et les rendre accessibles à tous, c'est créer autant d'affinités et de ponts entre les hommes et entre les nations, qui favoriseront la compréhension, la considération, et la coexistence mutuelles, et partant, la paix dans le monde.
Mesdames, Messieurs,
Les Etats Membres ont confié à l'UNESCO des responsabilités et des missions vitales pour l'avenir de l'Humanité. Notre Organisation s'en est toujours acquittée avec la plus grande compétence. Aujourd'hui, l'UNESCO se trouve à la croisée des chemins en raison de l'augmentation des attentes de nos peuples et de la stagnation de ses ressources.
Elle mérite que, tous ensemble, nous lui apportions un soutien accru afin de lui permettre de remplir efficacement sa mission.
Je vous remercie de votre attention.-